SHNA

Société d'histoire naturelle
et des amis du muséum d'Autun
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Histoire de la SHNA

Au cours des années 1880, l'intérêt pour les sciences naturelles grandit dans l'Autunois-Morvan. Mais à cette époque, la Société Eduenne, présidée par Gabriel Bulliot, occupe une place considérable dans le paysage culturel local. Elle se consacre notamment aux campagnes de fouilles archéologiques portant en particulier sur le site du Mont Beuvray. C'est pourquoi, en 1885, un des animateurs de la vie autunoise, Victor Berthier, sollicite de Gabriel Bulliot la possibilité de créer une société indépendante, dédiée aux sciences naturelles. Si Victor Berthier se passionne pour toutes les sciences naturelles, il sait s'appuyer sur des personnages dont les compétences sont plus spécifiques. L'origine de cet intérêt et les buts de la Société d'Histoire Naturelle d'Autun sont rappelés dans le premier bulletin publié en 1888. Le plan d'études par lequel s'ouvre le bulletin est ainsi rédigé :

« Les savants qui ont traité des sciences naturelles signalent l'Autunois et ses environs, y compris le Morvan, comme un champ aussi riche que varié ouvert aux investigations de la Géologie, de la Minéralogie, de la Paléontologie, ainsi qu'aux explorations de la Zoologie, de la Botanique et de l'Entomologie… Attirée par les recherches de MM. Brongniart, de Charmasse, Landriot, Pellat et autres, l'attention du monde savant s'est concentrée sur l'Autunois avec un intérêt toujours croissant, après les travaux de la Société géologique de France, et surtout depuis les belles découvertes de MM. Gaudry et Bernard Renault en Paléontologie animale et végétale. Cet ébranlement scientifique n'a pas trouvé l'écho qu'on en pouvait attendre, par suite du manque de cohésion entre ceux que ces études intéressent. Nous sommes restés plus qu'indifférents à côté des merveilles que renferment notre remarquable formation houillère et la puissance de notre étage permien.

Aussi assistons-nous impassibles à la dévastation de notre domaine. Les savants étrangers moissonnent à pleines mains là où nous n'avons su glaner que de loin en loin et comme à la dérobée. Qui pourra faire le dénombrement des poissons de Muse, des sauriens d'Igornay et de Dracy, et des autres animaux fossiles des différents gisements primaires émigrant, mieux appréciés que chez nous, à Berlin, Genève, Londres et Saint-Petersbourg ? Qui pourra dire le poids des nombreux envois tous les ans préparés au Mont-Pelé, entre Epinac et Sully, de centaines de plantes fossiles régulièrement expédiées dans tous les coins de l'Europe, intactes entre leurs feuillets de leur herbier de grès houiller ? Comment remédier à la disparition de nos bois silicifiés si communs autrefois, si rares maintenant, recherchés à raison de la merveilleuse délicatesse de leur structure et de l'intérêt qui s'attache à leur étude, et dispersés aujourd'hui dans les collections particulières et publiques ? Les savants français qui se sont occupés de nos richesses fossiles en ont déploré le gaspillage, qui s'est presque toujours fait au détriment de la France, pour aller orner les vitrines des musées d'Allemagne, de Russie et d'Angleterre. On sent encore mieux l'étendue de ces regrets et de ces pertes, depuis que MM. Gaudry, Grand'Eury et Bernard Renault se sont livrés, avec la magistrale compétence qui les distingue, à l'examen de la flore si abondante et si bien conservée et de la faune si extraordinaire de nos terrains houillers et permiens. Grâce à l'abandon généreux que MM. Roche père et fils et M. Bayle ont fait de leurs découvertes dans nos schistes, M. Gaudry, le savant professeur de paléontologie du Muséum, a pu reconstituer plusieurs animaux absolument inconnus jusqu'alors, et dont l'organisation des plus étranges lui a permis de suivre l'évolution des premiers vertébrés. Cette découverte suffirait à elle seule à placer notre contrée au premier rang des pays privilégiés pour l'étude des fossiles.

La flore de la période permo-carbonifère dans l'Autunois a aussi fait l'objet de travaux fort remarquables dus à MM. Renault et Grand'Eury. À la lumière de leurs données scientifiques, la recherche et l'exploitation des gisements de cette formation peuvent désormais suivre une marche plus assurée. À l'aide des nombreuses empreintes et autres restes organiques enfouis dans la profondeur des couches, l'exploitant reconnaît plus facilement la nature et la composition des terrains qu'il traverse et leur âge relatif ; connaissance précieuse qui lui permet de ne plus s'égarer dans des travaux stériles. Comme toujours la science vient ici éclairer l'industrie. C'est pénétré de ces idées que M. Raymond, ingénieur des mines du Creusot, a formé cette remarquable collection de la flore houillère des exploitations de MM. Schneider et Cie.

Plus étudiées, la Botanique, l'Ornithologie, l'Entomologie et l'Ichtyologie, ont compté et comptent encore de fervents adeptes en MM. Carion, Grognot, Proteau, Constant, Gillot, Ozanon, Lucand, Lacatte, Fauconnet et autres. Les fructueuses recherches de tous ces investigateurs démontrent surabondamment l'utilité qu'il y aurait à centraliser les études des diverses sections des sciences naturelles.

L'homme préhistorique a laissé sur notre sol de nombreux vestiges. L'examen plus approfondi des caractères encore indécis de ses stations pourra confirmer l'opinion des savants anthropologues Chantre et Mortillet, qui, depuis les récentes découvertes de M. Rigollot, considèrent l'Autunois comme un des points intéressants de l'âge de pierre.

C'est à la vue de tant de richesses éparses et négligées que quelques autorités scientifiques ont émis l'idée d'une Société locale qui, groupant ces études isolées, s'imposerait pour mission le développement et la conservation de merveilles encore innombrables qu'il ne faut plus laisser perdre, ni s'égarer au-dehors. Cette société fait appel à tous ceux qui s'intéressent aux sciences naturelles et à tous ceux qui désirent voir leur pays coopérer à ce grand mouvement scientifique qui emporte le siècle et dans lequel la France ne doit pas se laisser distancer. »

Le programme était ambitieux, mais s'appuyait sur des ressources exceptionnelles. Au terme de dix années d'existence, la SHNA comptait déjà près de 600 membres et correspondait avec de nombreuses sociétés savantes d'Europe, à l'origine de son importante bibliothèque. Dans le même temps, la Société d'Histoire Naturelle d'Autun a pu réunir des collections à l'intérêt scientifique reconnu. Au cours des dernières années du XIXe siècle, la Société d'Histoire Naturelle d'Autun dispose d'un rayonnement important et s'appuie sur des contacts réguliers avec le Muséum National d'Histoire Naturelle aidée en cela par Alfred Lacroix, natif de Saône-et-Loire. Forte de l'augmentation rapide du nombre d'adhérents, la SHNA continue de publier régulièrement son bulletin. Il connaît d'ailleurs une importante diffusion jusqu'à la Première Guerre mondiale. Le bulletin trouve un équilibre entre les travaux d'intérêt local et ceux qui couvrent un champ de recherche plus ambitieux. Dès 1897, la jeune association est reconnue d'utilité publique. Comme le remarque Albert Gaudry, en 1898, dans la Revue des deux Mondes, « La ville d'Autun est celle de France et peut-être du monde entier qui possède la Société la plus nombreuse comparativement à sa population. » À la même époque, la SHNA, notamment sous l'impulsion du prospecteur Hippolyte Marlot est un des acteurs importants de la recherche de minerais radifères en France. Ses trouvailles sont utilisées par Marie Curie et Jacques Danne, préparateur de Pierre Curie. Elle continue au cours des années suivantes à réunir d'importantes collections dans le domaine de la géologie, minéralogie, paléontologie, et des sciences de la vie végétale et animale. Mais la Première Guerre mondiale porte un coup très dur à la SHNA. Elle perd certains de ses membres éminents et la publication de son célèbre bulletin n'est plus aussi régulière. Emergent cependant, pendant l'entre-deux-guerres, les importantes publications d'Alexis Chemette sur les gisements de fluorine du Massif-central, travaux pionniers qui ont fait de lui une des sommités mondiales dans l'étude de cette substance minérale. Après la Seconde Guerre mondiale, la SHNA connaît un renouveau. Elle profite de l'activité déployée par Jacques de La Comble et de la venue, dans le Morvan, des prospecteurs du CEA, en quête de minerais uranifères. Implantés à Grury et Saint-Symphorien-de-Marmagne, grands utilisateurs de la bibliothèque de la SHNA, ils adhèrent en masse à celle-ci. Parmi eux, certains participeront activement aux travaux de la SHNA, en particulier MM. Carrat et Boulitrop. Au cours des années suivantes, Jacques de La Comble, qui cumule les fonctions de secrétaire général de la SHNA et conservateur de ses collections, poursuit son action en vue de redonner à la société savante son lustre perdu. Dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la SHNA prend une place importante dans la création de l'Association départementale des sociétés scientifiques de Saône-et-Loire. Les excursions et les conférences reprennent en 1947 et 1948. Elles atteignent rapidement un rythme soutenu. C'est à cette époque que naît l'exposition mycologique annuelle de la SHNA, grand moment de la vie culturelle et scientifique d'Autun. Quant à J. de La Comble, il multiplie les communications ornithologiques. Un pont est jeté entre le passé et le présent, puisque les fondateurs de la SHNA ne sont pas oubliés, en particulier Bernard Renault qui fut son premier président. Dans le même temps, les jeunes naturalistes autunois s'organisent pour former la section de recherches, d'études scientifiques. Elle sera à l'origine des semaines de recherches et d'études scientifiques organisées par la SHNA et qui ont fortement contribué à son rayonnement régional. Les publications ont repris en 1949 et, à partir de 1957, la SHNA a relancé la publication régulière de son bulletin scientifique. D'un rythme trimestriel, celui-ci est devenu récemment semestriel, pour répondre à la naissance de la revue « Bourgogne Nature », dont la SHNA est un des deux partenaires. Dans ces premiers bulletins, quelques futurs grands noms de la paléontologie présentent leurs recherches. C'est notamment le cas de D. Heyler avec les résultats de ses recherches sur les Branchiosaurus de l'Autunois. Une grande partie des 300 échantillons sur lesquels il a travaillé provenait des collections de la SHNA. La société est aussi associée aux travaux conduits par Feys et Greber, du Bureau de Recherches Géologiques et Minières, sur la compréhension du bassin d'Epinac-Autun et plus généralement sur les terrains permiens et carbonifères du plateau central. En raison de l'importance de ses collections, qui comprennent aujourd'hui 800 000 échantillons, il a été jugé utile de faciliter leur accès et leur communication, à la fois pour un public curieux, voire éclairé, mais aussi pour les scientifiques. C'est de cette volonté qu'a germé l'idée de transférer les collections de la SHNA à la ville d'Autun, à charge pour celle-ci d'en assurer la mise en valeur. Car, depuis 1958, les collections de la SHNA sont classées. Pour préparer leur présentation et garantir leur conservation, la mairie achète en 1963 un hôtel particulier, destiné à accueillir le nouveau musée. Depuis, le partenariat n'a jamais cessé entre la société et le Muséum d'histoire naturelle Jacques de La Comble . D'après un texte de Jean-Philippe PASSAQUI.